L’expédition naturaliste contemporaine

Retour sur la conférence « L’expédition naturaliste contemporaine » donnée à l’occasion des Rencontres du carnet de voyage à Bordeaux début décembre 2017.

Les auteurs invités étaient :
aurelie calmet artiste

Aurélie Calmet, diplômée dans l’environnement, elle est aujourd’hui dessinatrice naturaliste et carnettiste. Elle travaille pour la presse, les Muséums d’Histoires Naturelles, les Parcs, les associations…
stefano faravelli peintre savant

 

 

 

Stefano Faravelli, « peintre-savant » italien (un BAC philosophie en poche suivi d’études des sciences orientales), il enseigne à la “Scuola del Viaggio” et à l’Institut Européen de Design (IED).

 

 

Christophe Pons, peintre en atelier et en voyages, il enseigne également le dessin.

 

L’EXPEDITION NATURALISTE CONTEMPORAINE

 

Les illustrateurs carnettistes sont de formidables outils pour les scientifiques car ils leur permettent de collecter des images, des informations très précises. Ils s’adaptent à la demande, dessinent tel profil d’un animal, telle protubérance d’une plante, ils récoltent les informations que parfois la technologie elle-même ne peut pas enregistrer (prise de vue impossible à cause d’une mauvaise lumière, des drones dont la batterie se retrouve à plat… Un crayon ne tombe jamais en panne !). Ils sont en quelque sorte les gardiens et les passeurs des images du monde.

Comment trouve-t-on sa place dans une équipe scientifique ?

Aurélie Calmet est partie trois fois avec une ONG environnementale qui met à disposition une plate-forme logistique pour amener les équipes scientifiques sur le terrain. C’est lors d’un festival qu’Aurélie a rencontré la bonne personne avec laquelle elle a pu échanger sur les dessinateurs du XIXe siècle. Et elle s’est retrouvée embarquée dans une expédition. Le hasard des rencontres

Stefano Faravelli a été approché via Facebook ! Une multinationale américaine était sur le point d’installer des pipelines en détruisant la faune et la flore, il était impératif de recenser, via le dessin notamment, les espèces menacées. Stefano est parti travailler plusieurs fois en forêt équatoriale.

Christophe Pons a été formé aux Beaux-Arts, il est peintre « classique ». Son engouement pour le naturalisme est lié à son désir de découvrir et protéger le monde actuellement.
Pour lui, il est important de ramener par exemple des insectes pour procéder au tri, au référencement, à l’archivage. Toute la difficulté réside dans le fait de dégager les particularités d’un spécimen. Il faut oublier le « beau » et coller à la réalité.

La démarche du carnettiste illustrateur

Petit, Stefano dessinait déjà des « forettes » (« forêts » , son accent italien est charmant), des arbres très détaillés. Sa démarche était déjà présente très jeune.
Il se décrit comme un chasseur lorsqu’il dessine dans la nature. C’est comme un atavisme, quelque chose de primordial qui réapparaît. Un jeu de séduction s’opère entre l’homme et l’objet animal. C’est une adéquation totale qui se fait.
Pour lui, « la forêt est l’archétype de l’âme. Chacun de nous a une forêt à l’intérieur. »
Dans le travail de Stefano, une dimension spirituelle se greffe au savoir ethnologique. Il cite le roman d’aventure Avant Adam de Jack London, dans lequel un homme moderne rêve d’un de nos ancêtres, plus tout à fait singe mais pas tout à fait homme non plus. Un adolescent préhistorique qui vit dans un monde sans pitié, où il sera chassé, exilé, chasseur, gibier… Un texte qui fait terriblement écho à l’époque actuelle…

Christophe, quant à lui, exprime le besoin d’aller chercher une beauté sensible. Selon lui, les scientifiques n’ont pas la possibilité d’exprimer ce regard humain qu’il transmet dans son travail.
Il précise que dessiner au milieu d’une forêt est une performance qui demande à être hyper actif, une conscience mentale et physique. Il se fond dans l’environnement, il fait partie des éléments, seule la main bouge.

Aurélie a eu la chance de pouvoir reproduire des peintures rupestres datant de 2000 à 3500 ans sur une île inhabitée en Indonésie (voir la vidéo plus bas), c’était une grande émotion de préserver le travail de ses « collègues ».
Souvent elle part quelques jours seule traquer des animaux à dessiner. Elle piste, est à l’affût, elle possède la même démarche que les chasseurs locaux mais n’a pas la même finalité. Elle voit rarement ce pour quoi elle est venue et c’est ce qu’elle aime, le hasard, les surprises. Elle aime dessiner dans des situations incongrues ou difficiles, cela apporte quelque chose en plus, cela permet de se surpasser.

La conscience du monde

Pour ces artistes, il est important de prendre conscience du déclin de la planète. Pour Aurélie, nous sommes tous liés, elle a constaté en quelques années le changement climatique au Groenland, dans les derniers villages, les grands-parents ne connaissaient pas la pluie, elles est apparue récemment… Les animaux avalent du plastique alors qu’ils sont sensés être éloignés de ce poison… Stefano ajoute qu’en Patagonie les moules sont empoisonnées. Des constats qui confortent ces artistes à amener un témoignage supplémentaire, sensible et complémentaire aux recherches scientifiques. Cette valeur de témoignage est primaire pour Stefano. Cela permet à Christophe de donner du sens à son travail, ce métier le relie à beaucoup de personnes, c’est un flux permanent.

Le dessin, lien et émotion

Le carnet de voyage n’est pas seulement des images. Pour Stefano, le point fondamental est l’imagination, pas l’image. Une partie de l’humanité détruit les images (destruction de sites…). Les choses bougent, changent (des animaux vont changer de couleur ou faire le mort quand on les prend dans la main). Dessiner consiste à vivre et à ressentir ces changements, ce mouvement.
Christophe se considère comme un fabricant de rêves, par exemple, le dessin était un lien avec les pygmés. Pour lui, la peinture est un phénomène archaïque proche de notre esprit. Il aime et est fier de donner leurs portraits aux personnes qu’il rencontre, le dessin est émotionnel, c’est un objet que l’on veut garder.
Au Groenland, le dessin permettait à Aurélie de raconter les journées de l’équipe aux enfants des villages, à communiquer.

 

Pour découvrir, admirer le travail des artistes :
Aurélie Calmet
Stefano Faravelli
Christophe Pons

Bibliographie :
Stupeur verte, éditions Elytis. Magnifique ouvrage sur Madagascar de Stefano Faravelli. Des illustrations d’une des forêts primaires tropicales tout en finesse, délicatesse et précision. Stupeur devant tant de beauté… J’ai découvert l’intelligence, l’érudition et la sensibilité de cet artiste.

livre stupeur verte de Stefano Faravelli

livre stupeur verte de Stefano Faravelli

L’art du carnet de voyage, éditions Alternatives. De Pascale Argot. L’histoire et l’évolution du carnet de voyage (de Dürer aux « stars » du carnet de voyage aujourd’hui), magnifiquement illustré.

Couverture du livre L'art du carnet de voyage Extraits du livre L'art du carnet de voyage Extraits du livre L'art du carnet de voyage

 

Pour en savoir plus sur le travail d’Aurélie Calmet en Indonésie, et pour comprendre le projet et le but des équipes scientifiques, ce superbe reportage :


L’ONG avec laquelle Aurélie a travaillé : Naturevolution

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